Un pan de notre histoire

Christiane Marchocki est présidente de l’APHRN, Association Préhistorique et Historique de la Région Nazairienne, dont le but est de faire connaître l’histoire locale et les lieux exceptionnels. Quand elle fait une découverte, elle prend sa plume. Christiane Marchocki aime écrire, elle aime transmettre. Elle a lu Ma chère Marie-Thérèse, elle en rend compte dans le n° 93 de la revue Histoire et Patrimoine.

Histoire et Patrimoine
Site Internet d’Histoire et Patrimoine : https://aphrn.fr/fr

« Ceux qui ont pour ascendant le même ancêtre sont tous différents les uns des autres, physiquement et moralement. Leurs réactions devant le même fait sont bien souvent incomparables.

Ainsi, les descendants de Georges Hippolyte, combattant de la guerre 1914-1918, ont-ils réagi différemment en découvrant son courrier. Son fils, trouvant ses lettres écrites sur le front au fond d’une tranchée, sous le feu de l’ennemi, les a déchirées. Son petit-fils remarquant par hasard des papiers regroupés dans un carton, prêts à être confiés aux éboueurs de la ville, les a recueillis. Son épouse, Sylvie Hippolyte, et lui-même ont réalisé un véritable puzzle et l’ont édité.

Ma chère Marie-Thérèse est la publication du courrier échangé entre Georges et sa famille. Son frère, Fernand, lui aussi combattant, sera tué dans les tranchées en première ligne lors de l’offensive de la Somme. On peut lire aussi son journal du front donnant des précisions sur les déplacements des troupes, les munitions, les tirs, les approvisionnements, documents précieux pour les historiens. Il est remarquable de lire, entre autres : « J’ai atteint le chiffre de 50818 obus soit 5600 coups par pièce pendant la période considérée, du 9 mai jusqu’au 18 juillet. », « 14 juillet, 1790 coups dont 1000 obus à gaz. »

Non seulement ces textes précisent l’enfer vécu, devenu un continuel massacre, insoutenable, dispersant des corps mutilés, écrasés, enfouis, non identifiables, aspect morbide sans complaisance, mais aussi la vie, l’angoisse, les actions des civils dont la pensée ne les quitte pas. Le souci des soldats pour leur famille isolée, la hantise de la famille redoutant continuellement la nouvelle funeste.

C’est toute une époque, un pan de notre histoire que nous pouvons appréhender grâce à Sylvie Hippolyte.

Nous avons beau en avoir entendu parler, lire la réalité, lire sous la plume de celui qui est en train de vivre l’indescriptible nous rapproche de nos grands-parents, arrière-grands-parents pour les plus jeunes.

Exemple page 40, le récit d’un comportement inspiré par la guerre ; page 49, la description d’une opération, la technique et ses conséquences.

Les hivers furent rudes ces années-là, il n’est question que de pluie, neige, boue gelée. Ce sont aussi les familles dispersées, les difficultés pour correspondre, les aides mutuelles, les civils fuyant la zone occupée, les restrictions et rationnements, les réquisitions. Leurs enfants retrouveront ce vécu pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lire ce recueil fait surgir une idée précise de ce qu’est la guerre en général. L’une n’est pas plus douce que l’autre. Il suffit de se documenter pour parvenir à cette conclusion. » Christiane Marchocki

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La vérité en toutes circonstances

Georges Hippolyte a conservé quelques pages de journaux. Mais nous ne savons pas sur quels articles portait son intérêt.

En voici un intitulé La vérité, extrait du quotidien Le Radical du samedi 22 août 1914. Georges et son père Léon savent que le Gouvernement et la presse minimisent le nombre de victimes et dissimulent des défaites françaises, ils ne sont pas dupes…

0464 Le Radical 1

« Plusieurs de nos confrères demandent au ministère de la Guerre d’apporter la plus grande attention à ses “communiqués” et surtout de ne point en exagérer l’optimisme en taisant ce qui est à notre désavantage. Avec sa vivacité coutumière, M. Clemenceau, dans L’Homme libre, réclame une entière sincérité.

La sobriété des communiqués a été telle jusqu’ici qu’on ne peut guère leur reprocher qu’une excessive concision. Cette concision, qui eut du moins le mérite de ne pas exagérer nos victoires, semble avoir été certains jours retenue d’autant plus aisément qu’on ne soufflait mot de quelques insuccès. On a eu tort ; par exemple, rien n’est plus fâcheux que de nous apprendre la “reprise” de positions dont on nous avait laissé ignorer la perte. C’est par de tels procédés qu’on énerverait une opinion publique admirable de fermeté et de sang-froid. Il faut le dire bien haut, avant que le ministère de la Guerre se soit fait de ces réticences une méthode.

Les étrangers qui ont été à même de comparer l’exactitude des informations officielles françaises et allemandes ont rendu hommage à la véracité de notre Gouvernement ; nombre de journaux étrangers se sont aperçu très vite que la “version” française enregistrait purement et simplement des faits exacts, et que le style ampoulé de la version allemande dissimulait mal le mensonge et le bluff.

C’est très bien, mais il faut maintenant donner à la France et au monde une certitude nouvelle. Les communiqués n’annoncent rien qui ne soit vrai ; ils doivent nous apporter la vérité tout entière. Il le faut pour notre dignité, pour notre sécurité.

La force de la France est faite de l’intime union de la nation et de l’armée. Cette union doit demeurer parfaite : nous devons être associés à toutes les joies, à tous les enthousiasmes, à toutes les fièvres de colère et d’exaltation qui font diverse et magnifiquement belle la vie de nos soldats ; nous cesserions dangereusement d’être en communion d’esprit avec eux si nous n’étions point tenus au courant de leurs souffrances et de leurs épreuves.

Craint-on d’affoler la nation ? C’est lui faire injure que de la croire aussi ignorante des nécessités de la guerre et aussi peu maîtresse de ses nerfs. Elle a fait ses preuves en assistant sans broncher aux premiers effets de la provocation allemande, en faisant face si résolument, si joyeusement au péril ; sa résolution fut prise dès le premier jour ; elle est prête à la lutte : elle accepte d’avance toutes les péripéties du combat ; elle sait qu’elle vaincra, mais que toute victoire s’achète chèrement.

Quiconque a vécu parmi nous ces dernières semaines n’a pu qu’être frappé de l’attitude du public ; certes, son éducation est faite, et l’on peut compter sur son indomptable courage ; nulle trace d’affolement ou de faiblesse ; avouons-le, si çà et là surgissent quelques symptômes d’impatience – je ne dis pas d’inquiétude – on peut toujours en chercher l’origine dans les milieux professionnellement altérés d’information rapide, incessante et sensationnelle, c’est-à-dire parmi nous, ô mes chers confrères de la presse parisienne. Hors des salles de rédaction, la France n’est point impatiente : elle est calme ; les mauvais jours, s’il en revient au cours d’une longue et vaste campagne, la trouveront inébranlable. Une telle fermeté ne peut se maintenir que si les pouvoirs publics font confiance à l’âme nationale.

Nous voulons la vérité, toute la vérité, parce qu’elle est la première et la plus puissante alliée d’un grand peuple au cœur magnanime, responsable de ses actes et conscient de ses destinées. »

Des adresses dans les petits carnets de poche de Georges Hippolyte

Georges Hippolyte noircit du papier presque chaque jour depuis son départ sur le front jusqu’à ce qu’il le quitte en octobre 1917 pour entrer dans l’entreprise Mory à Boulogne-sur-Mer. Il utilise toutes les adresses qu’il connaît pour tenter d’avoir des nouvelles de Marie-Thérèse isolée en zone occupée par l’ennemi et de la famille restée dans le Nord, l’Aisne et le Pas-de-Calais. Il épluche la presse dans ce même objectif. Aucune piste n’est négligée. Ses amis ne sont pas oubliés, il leur transmet le maximum d’informations qu’il glane à droite et à gauche. Dès qu’il a connaissance d’une personne évacuée, il se précipite sur sa plume pour avoir auprès d’elle des nouvelles des siens et savoir comment se passe la vie sur la région qu’elle vient de quitter.

Carnet adresses Georges 1
Un carnet d’adresses de Georges

Il n’est pas le seul à agir ainsi et des milliers de lettres circulent sur le front apportant aux uns et aux autres une éphémère joie ou une inquiétude accrue ou une noire désespérance. Avec ces bouts de papier à l’écriture serrée pour ne pas gaspiller d’espace, le lien qui les relie à leur famille est fragile. Pour celle-ci, ils sont vivants et en bonne santé, c’est ce qui leur importe le plus. Le 8 février 1916, Georges Hippolyte a écrit quinze lettres ! Le 12 avril 1916, onze lettres.

Carnet adresses Georges 2
Il note chaque jour les lettres qu’il envoie et celles qu’il reçoit

« Ma chère Marie-Thérèse,

J’ai liquidé ma correspondance et mes écritures. J’ai écrit la respectable somme de 90 lettres du 21 décembre à hier, sans compter les deux ou trois lettres de service journalières ! Pendant le même laps de temps, tu n’en a pas écrit la moitié, je suis sûr. Et s’il y en avait des courtes dans le tas, la plupart étaient longues et parfois délicates. » – 14 janvier 1917.

 

AGARD – 1, rue Marceau, Grenoble

AUDIAUNE – Capitaine, commandant de la compagnie ¼ temps génie, SP 131

BACHIMONT Gaston – Sergent 151e ligne, prisonnier, Werben 6e compagnie n° 3961 Baraque 1

BACHIMONT-WAGET Marie – Réfugiée à Belleau (Aisne)

BASQUIN Antoine – 77, avenue de Wagram, Paris

BAUCHET – Lieutenant d’artillerie, état-major, SP 154

BAUMANN – 29 bis, rue Étienne Dolet, Paris

BERGER-LEVRAULT et Cie – 5, 7, rue des Beaux-Arts, Paris VIe

BERGER René – GBD, SP 33

BERLY E. – 42e artillerie, 72e batterie, Pontivy

BERLY Marthe – 67, rue Nationale, Pontivy

BERTIAUX Alfred – Capitaine au 2e bis Zouaves, 10e compagnie, corps expéditionnaire d’Orient par Marseille, SP 501 et 50, rue Condorcet, Paris

BILHEUT – 10e RAP, 76e batterie, SP 164

BILHEUX – GVC dans l’Oise

BIVER – Directeur général de la Compagnie des mines de Loire, 2, place Marengo, Saint-Étienne

BIZOT – Capitaine, Coujon-Mont-Dore (Rhône), détaché aux chantiers de La Buire à Lyon

BLAIN – Lieutenant à l’EMR 33, BCP et 84, rue Saint-Gilles, Abbeville

BLANC – Capitaine au 58e artillerie, 5e batterie, SP 174 et La Gardette près Le Cheylard (Ardèche)

BLANCHON A. – 8e de ligne, 7e compagnie, SP 137

BLIN Georges – Lieutenant, commandant la 2e SMI, 61e artillerie, SP 154 et Parc d’artillerie du 32e CA, 2e échelon, SP 35

BLIN Inès – 61, rue de la République, Bruay (Pas-de-Calais)

BLIN Monsieur et Madame – 45, rue du Chemin de fer, Moret (Seine-et-Marne)

BOUCHET Marie – Marssac (Tarn)

BOUCHEZ Émile – CVAD du 1er CA, 2e compagnie, 2e section, SP 151

BOURGEOIS – Villa Reine, Malo-Terminus (Nord), Savy-Berlette (Pas-de-Calais)

BOURGOIN – Arvel Moor, Perros-Guirec (Morbihan)

BOURGOIN fils – 85e artillerie, 62e batterie, Dijon

BOURGOIN R. – Jalamet, Crépy-en-Valois

BOURLET – 6e artillerie, 7e batterie, dépôt des Éclopés B3, SP 92

BRIS – 38, rue Gay-Lussac, Paris

CAMBON – Directeur de la Société pour l’industrie chimique en France, 74, rue Saint-Lazare, Paris, ex-directeur des PC Hautimont, usines La Palissi, Paimbœuf

CHAPELOT et Cie – Librairie, 30, rue Dauphine, Paris VIe

CHARVET – Capitaine au 273e d’infanterie, 5e compagnie, SP 134

CHERNIEZOU – 14e GBD 77, SP 47

CLAYETTE – Capitaine au service auto du 1er CA, SP 151

COCHEZ – Sergent de génie, Poudrerie de Chamas (Bouches-du-Rhône)

COINTREL Albert – Sapeur 5e génie, École de chemin de fer, Versailles

COLLIER Jules – 35, rue Ballu, Paris et Bayenghem-lès-Seninghem par Lumbres (Pas-de-Calais)

COLSON Désiré – 10e compagnie n° 377, Chimnitz et n° 1366, 2 komp Barake V, Escouade 10, Gross-Poritsch bei Zittau

COORNAERT – Lieutenant, officier d’approvisionnement au 1er groupe du 53e d’artillerie, SP 72

COPIN Paul – Marchés, chef de service ouvrier, 1, rue de Jigant, Nantes

COURBIS – Ambulancier de colonne mobile, médecin auxiliaire à Bon Denib, Maroc oriental

COUSIN – Lieutenant, commandant la 31e SMI du 27e artillerie, SP 96

COUSIN – 38, quai du Bassin, Boulogne

COUSIN André – Pharmacien, 1, rue de la République, Vanves

 (Cousin André, Cousin Charles et Cousin G.)

DANICOURT Madame – 6, route Nationale, Mers-les-Bains

DECAILLON Madame – 77, avenue de Wagram, Paris XVIIe

DECROIX-DEFURNE – 71, rue Saint-Honoré, Amiens

DEFURNE Eugène – 273e infanterie, 6e CM, SP 134

DEGARDIN Arthur – 60, rue Custine, Paris

DELBOVE – Lieutenant au 10e artillerie, commandant le 10e SMA, SP 74

DELHAY Émile – Sergent au 54e infanterie, 3e batterie, SP 33

DELHAY Kléber – Caporal au 127e, 8e compagnie DD, SP 177

DELHAY Parfait – 33e infanterie, 6e compagnie HR, SP 137 puis 214

DELMOTTE Henri – Secrétaire EM, 1re artillerie, 26e batterie, groupement 1er RAC, PC avant, SP 57

DELMOTTE Monsieur et Madame – 32, place de la Nation, Saint-Yrieix (Haute-Vienne)

DELSAUT Madame – 156, rue Daumesnil, Paris XIIe

DENIEL Marcelle – 20, rue Letellier, Paris XVe et secrétariat du Lieutenant-colonel Barelle, inspection des Forges, 2, avenue de Saxe, Paris VIIe

DESCAMPS A. – Capitaine au laboratoire central des poudres, 12, quai Henri IV, Paris et Parc d’artillerie de Place Vincennes et Lieutenant d’artillerie PA au 32e CA, 2e échelon, SP 154

DETÈVE Marie et ses filles – Chez Monsieur BAUNET à Regnauville par Hesdin

DETÈVE Michel – Lieutenant au 15e artillerie, 6e SMA, SP 206 et Lieutenant, 27e régiment d’artillerie, 11e SMA, SP 151

DIDIER Monsieur – Ingénieur principal, 29, rue Alfred Leroy, Bruay

DOUCHEZ – Lieutenant au 22e artillerie EM, SP 81

DOUCHEZ Monsieur – 10, rue Molitor, Paris

DROMARD – Lieutenant au 27e artillerie SM, 2e échelon, SP 151 et Mairie de Saint-Denis, 3, rue du Corbillon, Saint-Denis

DUCORNEZ Gaston – 5e puis 6e artillerie à pied, 67e SROT, Fort Tavaunes, SP 218

DUFRIEN Joseph – Facteur à Mers-les-Bains

DUHAILLON – Capitaine, directeur des services des usines au Ministère de la Guerre, enquêtes industrielles

DUPONT Pierre – P. Paix et Cie, 18, rue Caumartin, Amiens

DUSSAUSSOY-BRASSART – Maizières (Pas-de-Calais)

ÉTIENNE – Colonel, commandant les unités de voiries de 60 aux armées, direction des chemins de fer au GQG

ÉVRARD Eugène – Sergent, état-major de divisions, secteur 134

FABRE – Capitaine ALGP n° 772, convois automobiles à Paris, 7e régiment d’artillerie, 8e corps de 32, 72e batterie

FAUCHEUX Louis – Maréchal des logis au 118e AL, 2e batterie, SP 152, Locminé (Morbihan)

FAUCHEUX Oinb – 258, boulevard Voltaire, Paris XIe (Monsieur Dottin)

Sœur FERDINANDE – Religieuse à l’hôpital général de Noyon

FÉRET Ernest – 3, avenue Junot, Paris XVIIIe et chez Madame ROBINEAU, 8, rue de Maubeuge, Paris

FLEURY Madame – 14, rue Hector Malot, Paris XIIe

FOURNET Madame – Chez le docteur WILLEMETZ à Auchel (Pas-de-Calais)

FOURNIER Alfred – Maréchal des logis au 37e artillerie, 131e batterie de 58, SP 168

Mademoiselle de FRESCHEVILLE – Secrétaire de Croix-Rouge des départements français 12, rue Gaillon, Paris IIe

FUSTIN – Lieutenant, mitrailleur mortier de tranchées, GQG belge

GARANGER – Lieutenant, 22, cours Léopold, IP Nancy (de 0 à 9 h 30) déjeune au 16, cours Léopold

GIRAUD – 8, rue Perdonnet, Paris Xe

GOUBET Aimé – Hôtel Montyon, 15, rue de Montyon, Paris

GUISGAND Arthur – 327e infanterie, 22e compagnie, SP 134

HAYES – 34, rue Véron, Alfortville

HECQUET Stephen – Capitaine, 274, boulevard Raspail, Paris

HENRY Désiré – Capitaine au 273e infanterie, compagnie de nuit, SP 134

HILARET Madame – Château de Bellevue-Cordeillan, Pauillac

HIPPOLYTE Fernand – 33e infanterie, 29e compagnie, Cognac et Capitaine au 273e infanterie, 5e compagnie de nuit, SP 134

HIPPOLYTE Georgette – 91, rue Saint-Jacques, Amiens

HIPPOLYTE Gustave – Sergent au 13e régiment d’infanterie, 36e compagnie, SP 118, puis GBD, 3e régiment d’infanterie, SP 201 et Groupe de brancardiers divisionnaires de la 3e division d’infanterie, SP 118

HIPPOLYTE Léon – 14, rue Dufour, Amiens

HIPPOLYTE Marie – 41, rue Robert de Luzarches, Amiens

HIPPOLYTE Marie-Thérèse – 44, rue Jules Barni, Mers-les-Bains

HUMENRY – 5, rue de Stockholm, Paris

HUMEZ Monsieur – 8, place Frévil, Saint-Étienne

HURET – Lieutenant, 129, rue de la République, Bruay (Pas-de-Calais)

HUSSON – Hôpital de l’Ermitage, Paris-Plage et Chemin d’Uzès, Nîmes

JACQUEMARS – Villa Mathilde, rue d’Ault, Mers-les-Bains

De JENLIS Édouard – Capitaine au 28e artillerie, 43e batterie, SP 40

De JENLIS Madame – 5, rue de la Sous-préfecture, Lisieux

JILLIOT Louis – Maréchal des logis, contrôleur d’artillerie Hôtel central, 17, boulevard Magenta, Paris

JOFFRIN Madame – Le Blanc-Mesnil, avenue Victorine (Seine-et-Oise)

LABALETTE Em. – Capitaine 1re section, sous-intendance du parc de bétail, SP 21

LABALETTE Madame – 19, rue d’Ault, Mers-les-Bains

LADENT Marthe -19, boulevard Béranger, Tours et 37, rue Jourdan, Tours et 29, chaussée Périgord, Amiens

LECERF Émile – 5 bis, rue de la Rade, Le Tréport

LEGRAND Émile – Chez Madame Veuve GOSSELIN, route Nationale, Nœux

LEGRAND Henri – Cité 6, n° 36, Bruay

LELUIGUGNY G. – Chef d’escadron commandant le parc d’artillerie de la 72e division de réserve

LENFANT Charles – Zivilgefangenen français, n° 8852, camp de Holzminden, baraque 64, Allemagne

LENFANT Didier – 42e artillerie, 1re compagnie, n° 4057, camp de Stendal, Allemagne

LEQUETTE Jean – Infirmier militaire à l’hôpital mixte de Saint-Pol

LEQUETTE Jos. – Automobiliste EM de CA, SP 96

LEROY – 61e artillerie, 9e batterie, SP 35

LOBJOIS – 36, rue Marcadet, Paris et 20e Garnison de secrétaire d’EM à l’École militaire de Paris

LOBJOIT – 4, rue de l’Argonne, Paris XIXe et Chez Monsieur LEFORT à Muizon par Gueux (Marne)

LORIAUX Aug. – Hôpital Saint-Mandrin, salle 1, Toulon (Var)

MADRELLE G. – Chez Monsieur TREMINE, 51, rue de Châteauneuf, Châtellerault

MAHIEUX Eugène – MO en fer, 26e batterie, 104e AL, armée d’Orient, SP 501

MAHIEUX Jeanne – 1, boulevard de Belleville, Paris

MALLEZ L. – Hôpital 22, Villers-Cotterêts

MANINCQUE Ch. – Colonel, 3e batterie du génie, mécanicien à la Compagnie générale des Eaux, Arras

MATHIEU – Capitaine, chef de réseau des voies de 0,60 de la 5e armée, Jonchery-sur-Vesle (Marne)

MATHIEU Émile – 10e compagnie n° 434 à Chimnitz

MERLIN Jos. – 25e artillerie, 42e batterie, SP 97

MOURGUES – Lieutenant, commandant la 91e batterie du 10e RAP, Fismes (Marne)

MOURMENCEAUX – Adjudant, rue du Gay, Langon (Gironde)

MOUTON Adolphe – 51, rue de la Pompe, Paris

MYON – Capitaine, directeur de l’annexe de l’École des chemins de fer, Romilly (Aube)

NOËL Ernest – Sénateur, Capitaine à la 70e compagnie d’aérostiers, SP 173, puis 168, 56 cours de Tir, SP 63 et 17, rue Barrès, Meudon

PAILLY – Directeur de Saint-Gobain, 59, rue d’Elbeuf, Rouen

PHILIPPE – 11, avenue de la Gare – Berck-Plage

PLANGER Blanche – 16, rue Bernard Palissy, Tours

PLOHAYE – Place de la République, Lillebonne

PLOHAYE André – Secrétaire infirmier à l’hôpital mixte de Dieppe, HC 53 à Évreux

PLOYART – Lieutenant, atelier GPA 20, SP 164

PORTIER Monsieur – 15, rue d’Astorg, Paris

POSTY – 11, rue de Chabrol, Paris 10e

POTEAUX (ou Potaux) – 2e génie, compagnie 17, M à Fez (Maroc)

POTEL Albert – Capitaine à l’hôpital complémentaire 22, Le Casino à Grasse 284e et Hôpital temporaire n° 5 à Salonique, 32e compagnie, Hautefort et Caporal au 284e infanterie, 21e compagnie, SP 509 R

POURRIER P. – rue Faidherbe, Saint-Pol-sur-Ternoise (Pas-de-Calais)

POUZIN – Capitaine à Saint-Paul-lès-Romans

POZIER Jean – Docteur, 18, rue Biot, Beauvais

RÉMY – Capitaine, commandant la batterie de 80 de montagne, SP 128, Adjoint au Colonel Jucquot, commandant l’AD 70 (Pas-de-Calais)

RIBEAUCOURT – Maréchal des logis, 37e artillerie, 131e batterie de 58, SP 168

RICHARD Éloi – Gefangenenlager Wittenberg, post Kleinwittenberg (Elbe) Arbeits kommando n° 138

RISBOURG – Villa Le Grelot, rue Faidherbe, Mers-les-Bains

ROCQUET – Docteur GBD 13, SP 117

ROGER – Capitaine au 327e infanterie, 23e compagnie, SP 134

ROUSSEL – 13, rue de Naples, Paris

ROUSSEL-PÉREZ – Epicerie de Mont-Bernanchon par Saint-Venant

RUYSSEN – Adjudant au 112e AL, PHR à Angoulême

SABATTIER – Capitaine, commandant de groupe TM 648 par BCM, Paris

SANSON André – Compagnie R. Astur, Tournay (Charente)

SANSON J.-P. Mademoiselle – 166, boulevard Montparnasse, Paris XIVe

SARNY Constant (Monsieur et Madame) – Marssac (Tarn)

SENARD – 43e artillerie, 53e batterie, SP 89

SENLECQ – Docteur à l’hôpital auxiliaire 111 à Maxéville (Meurthe-et-Moselle)

THOME Albert (Madame) – 1, boulevard Théodore Lacombe, Bagnols (Gard)

TOUPET – Lieutenant, commandant la 113e batterie du 10e RAP à Ressons-sur-Matz

TRYSTRAM, sénateur, 95, rue de Rennes, Paris

VAILLANT Rosalie – Chez Madame H. LENGRAND, 6, rue d’Orchampt, Paris XVIIIe

VAN AERDE – Villa Augustine, Le Tréport et Chez Monsieur DIDIER à Bruay (Pas-de-Calais) et Avenue du Bourg à Hesdin (Pas-de-Calais)

VASSEL – Lieutenant au 35e d’artillerie, usine de Froissy

VATIN – Villa Laure Alice, Onival par Ault

VEIGNIE-BOURLET – 37, rue de Cagny, Amiens

VERLAINE – Ingénieur à Bruay (Pas-de-Calais)

WAGET Charles – N° 1899, 1re Kompagnie, 7e baraque, Gross Poritsch bei Zittau in Sachsen

WARGNIER Gabriel – 31, rue Condorcet, Paris

WINS Madame – 40, rue Ch. Simon, Le Tréport

Banque suisse et française – Rue Lafayette, Paris (Bâle)

Bureau de la correspondance belge – 36, boulevard de Strasbourg, Le Havre

Comité bernois de secours aux prisonniers de guerre – 1, rue de l’Arbalète, Berne

Comité des réfugiés de l’Aisne – Secours aux réfugiés, rapatriés, prisonniers et militaires, Bureaux et permanences 72, faubourg Saint-Martin, mairie du Xe, Paris

Comité des réfugiés du Nord – 25, rue de Dunkerque, Paris

Comité des réfugiés du Pas-de-Calais – Rue Foyatier, Paris

Comité international de la Croix-Rouge, agence des prisonniers de guerre, via Pontarlier à Genève

Maison Solvay – 44, rue du Louvre, Paris et Société des matières colorantes, Roanne, Lyon

Militaires enterrés : Bureau de renseignements aux familles, Ministère de la guerre ou Monsieur le Médecin divisionnaire de la… division

Office de renseignements pour les familles dispersées – 27, avenue de l’Opéra, Paris

Prisonniers civils, camp de Walm (Prusse rhénane), via Pontarlier à Berne

Saint-Gobain – 1, place des Saussaies, Paris VIIIe

Service de rapatriement des internés civils – Annemasse, bureau de recherche

Service gratuit pour la transmission des correspondances entre civils, 4, rue Petitot, Genève

Simon Carvès – 39, rue Cambon, Paris ; Administrateur délégué : LEDOUX ; Administration : F. GOUIN ; Directeur général : FÉLIZAT ; Chargé d’études : FAUCORENIE

Union Internationale des Amies de la Jeune Fille – Bureau central Neuchâtel Suisse, 5, avenue Jean-Jacques Rousseau.

Ils ont côtoyé Georges Hippolyte

Ils ont côtoyé Georges Hippolyte… Ils lui ont montré des signes de bonne santé et comme l’écrivait Fernand : « Tu vois, mes abattis sont au complet. »

Soldat de la Grande Guerre

Qui es-tu soldat de la Grande Guerre
Un ami un frère
Un époux un père
Un fils
À la mort arraché in extremis

Qui es-tu soldat de la liberté
Squelette crotté
Boue et sang mêlés
Prière
Pour sortir intact de la souricière

Quelque part une compagne te pleure
Son souffle t’effleure
Pendant les épreuves
Mon Dieu
Protégez-là oh mon amour adieu

Où as-tu défendu notre patrie
Salves de furie
Tant de barbarie
Fournaise
Ton calice amer bu encor nous blesse

Émile Désiré François Gustave
André Lucien Gaston et puis tant d’autres
Nos glorieux héros nos illustres braves
Souvenir éternel rappel grandiose.

1- Portrait
Deux jeunes à peine sortis de l’enfance
2- Portrait
Alfred Fournier ? Alfred Fournier servait au 61e régiment d’artillerie

3- Portrait

4- Portrait Albert Potel
Albert Potel « Bon souvenir de mon retour d’Orient. Lettre va suivre. Amitiés et bonne poignée de main. »

5- Portrait

6- Portraits

7- Portrait Roger
Roger « Souvenir de la campagne 1914-1916, avril 1916. »

8- Portraits

9- Portraits
Georges Hippolyte, à gauche
10- Portraits
« Campagne 1914-1915, souvenir de Champagne, octobre 1915. » – G. Hippolyte

11- Portraits

12- Portraits

13- Portraits

14- Portraits

« Voici 32 mois que nous sommes en campagne et ceux qui sont engagés depuis le début ont vieilli de dix ans. Ça vieillit tout le monde, cette guerre ! » – Georges Hippolyte

Merci

« Un seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie : Merci ! » – Pablo Neruda

Pour avoir présenté à leurs adhérents et amis les mémoires et correspondances de Georges Hippolyte pendant la Première Guerre mondiale, merci.

Merci à Jean-Michel et Cédric du site Guerre de 1914-1918 pour avoir mis l’ouvrage Ma chère Marie-Thérèse dans leur médiathèque et retracé le parcours de Fernand et Georges Hippolyte pendant la Première Guerre mondiale.
Site Internet : https://www.premiere-guerre-mondiale-1914-1918.com

Merci à L’Encrier du Poilu qui, par son président Alain Pereur, a présenté Ma chère Marie-Thérèse sur le blog de l’association.
Alain Pereur est l’auteur de Les Champs de Coquelicots et de Mémoire Perdue, Les Vieux.
Site Internet : http://lencrierdupoilu.blogspot.fr

Merci aux Souvenir Français National, Flandres-Lys et Var pour avoir porté l’information à la connaissance de leurs adhérents et amis par l’intermédiaire de leur site.
Souvenir Français National, on aime on soutient, Serge Barcellini, président.
Site Internet : http://le-souvenir-francais.fr
Souvenir Français Flandres-Lys, Didier Clarisse, président.
Site Internet : http://sfflandrelys.canalblog.com
Souvenir Français Var, un livre, une histoire.
Site Internet : http://www.souvenirfrancaisvar.com

Merci à l’UNC Alpes Dauphiné dont le président Pierre Chauvet a communiqué l’information aux visiteurs de son blog.
Site Internet : http://www.acbiviers-unc-dauphine.com

Merci à l’UNC 35 pour avoir présenté l’ouvrage dans la page Bibliographie du Journal UNC 35 d’avril 2018.
Site Internet : http://www.unc-35.fr

Merci à l’Union Internationale des Alsaciens dont le président Gérard Staedel a fait part de la parution de Ma chère Marie-Thérèse aux abonnés du bulletin L’Alsace dans le Monde.
Site Internetwww.alsacemonde.org

Merci à Bernard Devez qui a réuni 20 376 ouvrages traitant de la Grande Guerre, indexés en base de données sur une trentaine de critères décrivant leurs contenus et caractéristiques et qui travaille actuellement sur la préservation de ce patrimoine bibliographique.
Site Internet en construction : http://l.ame.de.14-18.org

Merci aux Officiers Mariniers des Hauts-de-Seine dont le président Patrick Jacquemart a fait part de la parution de Ma chère Marie-Thérèse dans les actualités du blog de l’association.
Site Internet : http://officiersmariniers.sous-mama.org/index.php?page=blog

Merci à Générations Mouvement de la fédération de Savoie dont la présidente, Madame Claudine Gilbert, a présenté le journal du front et les correspondances de Georges Hippolyte dans le bulletin N° 131 de juin 2018. La fédération de Savoie regroupe 167 clubs Aînés Ruraux et 10 958 adhérents. Aux pages 15, 16 et 17 de ce bulletin figure un article sur « La catastrophe du train de permissionnaires à Saint-Michel-de-Maurienne » qui eut lieu le 12 décembre 1917 et qui a fait 435 morts.
Site Internet :
http://savoie.generations-mouvement.org/medias_73/Le_Bulletin/bulletin_131_web.pdf

Merci à la Fédération Nationale des Combattants Républicains dont le président national, Gérard Bieth, a présenté le journal du front et les correspondances de Georges Hippolyte dans le magazine de juin 2018.
Site Internet : Le Combattant Républicain n° 7

Merci à l’auteur du blog http://histoiredeguerre.canalblog.com qui foisonne d’informations en direction des passionnés de la Grande Guerre.
Site Internet : http://histoiredeguerre.canalblog.com

Merci à Éric Le Maître, auteur du site Guerre 1914-1918 Histoire, uniformes et lieux de mémoire de la Grande Guerre pour avoir présenté Ma chère Marie-Thérèse sur la page Boutique de son blog.
Site Internetwww.guerre1914-1918.fr

Merci à Hervé Toulotte qui a présenté les lettres et mémoires de Georges Hippolyte sur son blog Béthune les 73e, 273e RI et 6e RIT et sur la page Livres et Revues 14-18 du site Pages 14-18 Forum. Le frère de Georges, Fernand, a été affecté au 273e régiment d’infanterie de Béthune, ainsi que son ami Eugène Defurne.
Site Internet d’Hervé Toulotte : http://bethune73ri.canalblog.com
Site Internet Pages 14-18 Forum : https://forum.pages14-18.com

Merci à l’auteur du site Une fenêtre sur le Velay. Quel beau texte sur sa page de présentation ! Et maintenant, ouvrons la fenêtre.
Site Internet : https://unefenetresurlevelay.jimdo.com/

Merci au 45e RI de Laon qui a présenté Ma chère Marie-Thérèse sur son compte Tweeter.
Site Internet : http://45eri.lescahiersdhistoire.net/

Et merci aux associations qui ont transmis l’information à leurs adhérents et amis.

Fernand Hippolyte, mort pour la France, enfant de Bapaume

Son nom est gravé dans la pierre du monument aux morts de Bapaume parmi les 96 soldats morts pour avoir défendu leur pays et les 25 victimes civiles. Le 7e de l’année 1916, il se situe entre Louis Normand et Arthur Pièque.
Fernand Hippolyte, classe 1904, matricule 186 au recrutement d’Arras, était caporal-mitrailleur au 273e régiment d’infanterie.

Monument morts Bapaume
Monument aux morts de Bapaume
(carte postale, collection de Georges Hippolyte)

Fernand est né à Bapaume, il porte le prénom d’un frère qui n’a vécu qu’un mois, il y travaille, ayant succédé à son père dans l’entreprise familiale d’habillement et confection Au Franc Picard rue d’Arras. Uni à Germaine Bardoux originaire de Beauvois-en-Cambrésis, il élève leur fils Marcel, âgé de 2 ans, en « bon père de famille ». Le dimanche 27 septembre 1914, il l’a serré dans ses bras, il a embrassé sa femme avec une pensée pleine d’amour pour le petit être qui naîtra en décembre prochain, il a glissé quelques photos de sa famille dans son portefeuille, il a jeté un coup d’œil à son magasin qui allait continuer de tourner sans lui, il a dit au revoir à ses amis de Bapaume et le voilà parti sur les routes, là où on le lui a demandé. Il a 30 ans. C’était ses derniers pas devant sa maison, ses derniers embrassements, sa dernière vision de son village et de son magasin, ses dernières salutations aux amis, il ne reviendra pas, il ne sera plus qu’un numéro matricule, un numéro de régiment avec un trait de crayon sur sa dignité humaine. Tu obéis ou t’es mort.

Fernand portrait
Fernand Hippolyte, un style distingué, une élégance raffinée
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Quelle idiotie de faire sortir des hommes au repos par un temps pareil ! Par surcroît, on nous force à porter les cheveux ras. J’ai fait couper les miens tout à l’heure, bien obligé ! C’est ça le métier militaire : on passe des revues de cheveux, par le général de brigade, s’il vous plaît, mais on ne s’occupe pas si tu as une culotte trouée. Je m’ennuie fort de ne pas avoir de nouvelles de Bapaume, aussi le cafard me tient. » 29 mars 1916, extrait de la lettre de Fernand à Marie-Thérèse.

« Mon cher Georges,
Tu seras le parrain de notre second et Marie-Thérèse, la marraine. Car, de même que je t’avais promis de veiller sur les tiens alors que j’étais libre, je te demande le même service si je venais à disparaître, puisque tu es à peu près à l’abri pour l’instant et moins exposé que moi. Cette double promesse me rassure.
Bon courage et bonne santé. Je t’embrasse de tout cœur. Fernand. » 24 juin 1916.

Le 20 juillet 1916, à 7 heures du matin, il entraîne ses hommes à l’assaut dans le secteur de Vermandovillers, le Bois Étoilé et le Bois Trink. Il se trouve à une trentaine de kilomètres de sa ville natale. La lutte est terrible. Sa vie s’arrête vers 7 heures 30.

Fernand et son ami Eugène Defurne dans l’enfer des combats de Verdun se sont fait une mutuelle promesse de recueillir les dernières volontés et les objets personnels de celui qui tomberait le premier, de prévenir la famille et de s’assurer du lieu où il repose. Eugène Defurne s’est acquitté de cette tâche ingrate. Eugène Defurne est mort à Hargicourt le 26 septembre 1916.

Extraits des correspondances d’Eugène Defurne à Georges ou à son père : « C’est pour tenir la promesse que j’en avais faite à Fernand il y a longtemps, que j’ai la douloureuse mission de vous écrire aujourd’hui. J’aurais pu m’acquitter de ce pénible devoir il y a quelques jours déjà, mais je ne voulais pas croire à l’irréparable, j’espérais malgré tout. Pourtant, devant l’évidence, je dois m’incliner et m’exécuter : vous informer que mon meilleur camarade, mon cher Fernand, n’est plus. Il a été tué le 20 juillet en montant à l’adversaire. »

« Fernand et moi étions liés par une amitié solide que les souffrances communes n’avaient fait que fortifier. »

« Où repose-t-il ? Le seul témoin de sa mort est un adjudant qui découvrit son cadavre et emporta les reliques que je vous ai adressées. Malgré mes démarches et mes efforts, je n’ai pu découvrir aucun indice qui me permet de garder l’espoir de retrouver les restes de notre cher disparu. Officiellement, son décès est enregistré et l’absence de sépulture est constatée officiellement également. Je sais que votre douleur va être aggravée par ce que je vous apprends aujourd’hui, mais je vous dois la vérité, elle m’est très pénible à moi-même, et c’est avec le cœur serré et angoissé que je vous trace ces lignes. »

« Je ne me rebute pas, je poursuivrai mes recherches sans me lasser, pourtant. Je vais continuer à questionner, enquêter, mais les témoignages sont suspects quand ils ne sont basés que sur des ouï-dire. »

« Je pense à sa jeune femme, de laquelle Fernand aimait à me causer avec cette émotion particulière aux gens qui aiment vraiment et profondément. »

« Vous connaissez, par les récits que j’en ai faits à vos parents, les circonstances quasi mystérieuses qui ont précédé la mort de Fernand. C’était à l’attaque du bois Trink, le jeudi 20 juillet, vers 7 heures ½ du matin. La section, en file indienne (Fernand, en qualité de caporal sous-chef de section, fermait la colonne), gagne par bonds l’emplacement qui lui est assigné. La section prend position, le sergent chef de section est tué aussitôt. On appelle Fernand pour succéder à son chef de groupe, on s’aperçoit qu’il n’est pas encore là, il ne devait pas rejoindre, hélas ! »

« Je me suis posé la question de savoir si Fernand n’a pas eu le pressentiment de sa fin prochaine, voici pourquoi : depuis toujours, il était convenu entre nous que nous nous chargions de prévenir les familles l’un de l’autre en cas de malheur. C’était une promesse, un engagement formel dont nous n’avions plus causé depuis que nous l’avions pris, c’est-à-dire depuis notre arrivée au front. Nous avons fait Verdun ensemble, aucune allusion ne fut faite par l’un de nous à notre mutuelle promesse. Nous embarquons pour la Somme, le 20 juillet l’attaque doit avoir lieu. Le 18, Fernand m’écrit pour me rappeler mon engagement et m’envoyer sa photographie que je ne possédais pas encore et il écrit à sa femme la lettre qui se trouvait dans son portefeuille, alors qu’à Verdun cette idée ne lui était pas venue ! Ne sont-ce que des coïncidences ? »

« D’humeur égale, toujours froid et calme, j’admirais le courage surnaturel avec lequel il supportait sa séparation. Sa femme, sa chère Germaine, comme il aimait à l’appeler, et son cher petit, étaient les seuls sujets qui avaient le don de l’émouvoir et de le faire sortir de sa réserve habituelle. »

« Je garderai fidèlement la mémoire de Fernand qui a été pour moi un ami véritable. Bien que les chagrins l’accablaient, il avait su me prodiguer les paroles qui consolent lorsque des accidents dans ma famille m’avaient rendu si malheureux aussi, c’était un grand cœur. »

Georges et Fernand s’écrivent au minimum une fois par semaine. Fernand lui écrit la veille de sa mort.

« 19 juillet 1916

Mon cher Georges,

Il y a eu un changement au programme, si bien que nous sommes encore là. À mon sens, ce n’est reculer que pour mieux sauter. Voilà 34 jours que nous sommes en première ligne et d’après ce que je crois, nous irons sûrement à 36. Depuis 24 heures, nous avons été pas mal éprouvés : notre lieutenant, mon collègue chef de pièce, deux pourvoyeurs (deux frères tués par le même obus). Depuis hier, je fais officiellement fonction de sous-officier adjoint au chef de section. Le grade s’ensuivra peut-être. Le principal, c’est d’en revenir… avec ses abattis au complet. Je te prie de croire que les Boches en face ont reçu quelque chose sur le coin de la figure. Toujours bonne santé. Le vaguemestre est là.

Bons baisers de ton frère. Fernand. »

« Fernand, décédé le 20 juillet 1916 à Bois-Étoilé, Soyécourt. Décès constaté le 24 juillet 1916. Sources : procès-verbal de déclaration de décès et procès-verbal de constatation. Régiment n° 186, Arras, classe 1904, corps 016 448 bis. Procès-verbal de déclaration de décès n° 29 par le lieutenant Thiéry sur déclaration de l’adjudant Mourmenceaux. Procès-verbal de constatation du décès, dressé par le sous-lieutenant Mordillat Louis Eugène, en présence des soldats Pivert et Ezauno. » Extrait du carnet de poche de Georges Hippolyte.

Le 20 juillet 1916, extrait des mémoires de Georges : « Je fais une excursion à Liverdun avec Roch. Elle ne me lasse pas, tant elle est ravissante. Le soir, je soupe avec Lequette que j’avais rencontré à Royaumeix. Cette journée, gaie pour moi, deviendra une triste journée. J’apprendrai plus tard que mon frère a été tué devant l’ennemi à 7 heures 30 du matin, à Soyécourt. Le beau-frère de Lequette, le capitaine Deron, a été tué ce 20 juillet dans le même secteur. »

Lettre Charvet

Lettre Charvet verso
Lettre du Capitaine Charvet, capitaine au 273e régiment d’infanterie

« J’ai le bonheur de te faire part que Fernand a été repéré hier par Prévost Davion. Comme je lui disais cette semaine que je ne recevais pas mon autorisation pour aller à Soyécourt, spontanément, il s’est offert à s’y rendre quand il irait dans ces parages avec ses officiers. Hier, il a demandé au commandant qu’il conduisait à Péronne la permission d’aller repérer un de ses amis tombé au champ d’honneur à Soyécourt. Aussitôt, l’officier lui dit : « Attends-moi dix minutes et je pars avec toi à la recherche d’un brave. » Les voilà donc en route. Arrivés à Soyécourt selon les indications du ministère, mais pas tout à fait comme la chose exacte, ils ne trouvent rien. De guerre lasse, ils s’apprêtent à abandonner quand le commandant s’écrie : « Là-bas, il y a une tombe. » Aussitôt, ils y courent et s’immobilisent devant une tombe sans inscription sur la croix. Au pied de la croix, il y avait une bouteille, le goulot enfoncé en terre. Prévost retire la bouteille qui contient un billet ainsi conçu : 273e infanterie, Fernand Hippolyte, caporal mitrailleur, juillet 1916, plomb 34. Le doute n’était plus possible, Fernand repose là en son dernier sommeil. Prévost a recopié le billet et l’a remis dans la bouteille. L’original de Prévost, je l’ai envoyé à Germaine. Je fais faire une croix en chêne avec plaque de cuivre que j’irai poser aussitôt mon autorisation. Quand il a repéré Fernand, il en a pleuré de joie, sachant le plaisir qu’il me ferait. Ils ont eu la délicatesse de fleurir la tombe de quelques fleurs des champs. » 28 mai 1917, extrait de la lettre de Léon Hippolyte à Marie-Thérèse.

Tombe Fernand
Là-bas, il y a une tombe… (photographie albums de Georges Hippolyte)

« Journée terrible comme fatigue ! Parti à 6 heures du matin pour Soyécourt, et après quelques recherches, je suis parvenu à voir mon cher Fernand. Il a fallu le cœur d’un père pour faire ce que j’ai fait. Avec l’aide des Boches, nous nous sommes mis au travail pour rechercher son alliance et sa montre. En vain. J’ai fait fabriquer sur place, avec des planches de 1,5 centimètre d’épaisseur, un cercueil dont j’avais eu la précaution d’emporter des clous et ce qui était nécessaire à la fabrication. Après ce travail, je l’ai mis moi-même avec les Boches dans son cercueil où il repose en paix jusqu’au jour où nous le transporterons ailleurs. Sa tombe est dignement arrangée, un beau gazon et une belle couronne. Il était à 60° face contre terre, sans toile de tente, sa veste pourrie, la tête détachée du tronc. Je ne vous fais pas plus de description, c’est trop effrayant. J’ai rapporté son casque, son bidon encore plein d’eau, sa ceinture, ainsi que sa plaque d’identité. Je suis revenu à 3 heures, en plein soleil. Comme j’étais chargé, je croyais tomber sur la route. Il me faudra quelques jours de repos. » 14 juillet 1917, extrait de la lettre de Léon Hippolyte à son fils.

 

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Deux orphelins et une veuve (photographie albums de Georges Hippolyte)

« Mon Dieu, quelle cruelle déception que ce retour en France inoccupée où j’avais néanmoins l’espoir de retrouver mon cher Fernand. Je ne puis croire à un aussi grand malheur ! Marcel m’a réclamé son père plusieurs fois. […] Si vous saviez comme c’est triste d’élever seule deux petits garçons ! Enfin, que Dieu nous donne autant de courage qu’à celui qui est tombé si vaillamment pour sa France. » 13 février 1917, extrait de la lettre de Germaine Hippolyte à Georges.