Ils ont côtoyé Georges Hippolyte

Ils ont côtoyé Georges Hippolyte… Ils lui ont montré des signes de bonne santé et comme l’écrivait Fernand : « Tu vois, mes abattis sont au complet. »

Soldat de la Grande Guerre

Qui es-tu soldat de la Grande Guerre
Un ami un frère
Un époux un père
Un fils
À la mort arraché in extremis

Qui es-tu soldat de la liberté
Squelette crotté
Boue et sang mêlés
Prière
Pour sortir intact de la souricière

Quelque part une compagne te pleure
Son souffle t’effleure
Pendant les épreuves
Mon Dieu
Protégez-là oh mon amour adieu

Où as-tu défendu notre patrie
Salves de furie
Tant de barbarie
Fournaise
Ton calice amer bu encor nous blesse

Émile Désiré François Gustave
André Lucien Gaston et puis tant d’autres
Nos glorieux héros nos illustres braves
Souvenir éternel rappel grandiose.

1- Portrait
Deux jeunes à peine sortis de l’enfance
2- Portrait
Alfred Fournier ? Alfred Fournier servait au 61e régiment d’artillerie

3- Portrait

4- Portrait Albert Potel
Albert Potel « Bon souvenir de mon retour d’Orient. Lettre va suivre. Amitiés et bonne poignée de main. »

5- Portrait

6- Portraits

7- Portrait Roger
Roger « Souvenir de la campagne 1914-1916, avril 1916. »

8- Portraits

9- Portraits
Georges Hippolyte, à gauche
10- Portraits
« Campagne 1914-1915, souvenir de Champagne, octobre 1915. » – G. Hippolyte

11- Portraits

12- Portraits

13- Portraits

14- Portraits

« Voici 32 mois que nous sommes en campagne et ceux qui sont engagés depuis le début ont vieilli de dix ans. Ça vieillit tout le monde, cette guerre ! » – Georges Hippolyte

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Merci

« Un seul mot, usé, mais qui brille comme une vieille pièce de monnaie : Merci ! » – Pablo Neruda

Pour avoir présenté à leurs adhérents et amis les mémoires et correspondances de Georges Hippolyte pendant la Première Guerre mondiale, merci.

Merci à Jean-Michel et Cédric du site Guerre de 1914-1918 pour avoir mis l’ouvrage Ma chère Marie-Thérèse dans leur médiathèque et retracé le parcours de Fernand et Georges Hippolyte pendant la Première Guerre mondiale.
Site Internet : https://www.premiere-guerre-mondiale-1914-1918.com

Merci à L’Encrier du Poilu qui, par son président Alain Pereur, a présenté Ma chère Marie-Thérèse sur le blog de l’association.
Alain Pereur est l’auteur de Les Champs de Coquelicots et de Mémoire Perdue, Les Vieux.
Site Internet : http://lencrierdupoilu.blogspot.fr

Merci aux Souvenir Français National, Flandres-Lys et Var pour avoir porté l’information à la connaissance de leurs adhérents et amis par l’intermédiaire de leur site.
Souvenir Français National, on aime on soutient, Serge Barcellini, président.
Site Internet : http://le-souvenir-francais.fr
Souvenir Français Flandres-Lys, Didier Clarisse, président.
Site Internet : http://sfflandrelys.canalblog.com
Souvenir Français Var, un livre, une histoire.
Site Internet : http://www.souvenirfrancaisvar.com

Merci à l’UNC Alpes Dauphiné dont le président Pierre Chauvet a communiqué l’information aux visiteurs de son blog.
Site Internet : http://www.acbiviers-unc-dauphine.com

Merci à l’UNC 35 pour avoir présenté l’ouvrage dans la page Bibliographie du Journal UNC 35 d’avril 2018.
Site Internet : http://www.unc-35.fr

Merci à l’Union Internationale des Alsaciens dont le président Gérard Staedel a fait part de la parution de Ma chère Marie-Thérèse aux abonnés du bulletin L’Alsace dans le Monde.
Site Internetwww.alsacemonde.org

Merci à Bernard Devez qui a réuni 20 376 ouvrages traitant de la Grande Guerre, indexés en base de données sur une trentaine de critères décrivant leurs contenus et caractéristiques et qui travaille actuellement sur la préservation de ce patrimoine bibliographique.
Site Internet en construction : http://l.ame.de.14-18.org

Merci aux Officiers Mariniers des Hauts-de-Seine dont le président Patrick Jacquemart a fait part de la parution de Ma chère Marie-Thérèse dans les actualités du blog de l’association.
Site Internet : http://officiersmariniers.sous-mama.org/index.php?page=blog

Merci à Générations Mouvement de la fédération de Savoie dont la présidente, Madame Claudine Gilbert, a présenté le journal du front et les correspondances de Georges Hippolyte dans le bulletin N° 131 de juin 2018. La fédération de Savoie regroupe 167 clubs Aînés Ruraux et 10 958 adhérents. Aux pages 15, 16 et 17 de ce bulletin figure un article sur « La catastrophe du train de permissionnaires à Saint-Michel-de-Maurienne » qui eut lieu le 12 décembre 1917 et qui a fait 435 morts.
Site Internet :
http://savoie.generations-mouvement.org/medias_73/Le_Bulletin/bulletin_131_web.pdf

Merci à la Fédération Nationale des Combattants Républicains dont le président national, Gérard Bieth, a présenté le journal du front et les correspondances de Georges Hippolyte dans le magazine de juin 2018.
Site Internet : Le Combattant Républicain n° 7

Merci à l’auteur du blog http://histoiredeguerre.canalblog.com qui foisonne d’informations en direction des passionnés de la Grande Guerre.
Site Internet : http://histoiredeguerre.canalblog.com

Et merci aux associations qui ont transmis l’information à leurs adhérents et amis.

Fernand Hippolyte, mort pour la France, enfant de Bapaume

Son nom est gravé dans la pierre du monument aux morts de Bapaume parmi les 96 soldats morts pour avoir défendu leur pays et les 25 victimes civiles. Le 7e de l’année 1916, il se situe entre Louis Normand et Arthur Pièque.
Fernand Hippolyte, classe 1904, matricule 186 au recrutement d’Arras, était caporal-mitrailleur au 273e régiment d’infanterie.

Monument morts Bapaume
Monument aux morts de Bapaume
(carte postale, collection de Georges Hippolyte)

Fernand est né à Bapaume, il porte le prénom d’un frère qui n’a vécu qu’un mois, il y travaille, ayant succédé à son père dans l’entreprise familiale d’habillement et confection Au Franc Picard rue d’Arras. Uni à Germaine Bardoux originaire de Beauvois-en-Cambrésis, il élève leur fils Marcel, âgé de 2 ans, en « bon père de famille ». Le dimanche 27 septembre 1914, il l’a serré dans ses bras, il a embrassé sa femme avec une pensée pleine d’amour pour le petit être qui naîtra en décembre prochain, il a glissé quelques photos de sa famille dans son portefeuille, il a jeté un coup d’œil à son magasin qui allait continuer de tourner sans lui, il a dit au revoir à ses amis de Bapaume et le voilà parti sur les routes, là où on le lui a demandé. Il a 30 ans. C’était ses derniers pas devant sa maison, ses derniers embrassements, sa dernière vision de son village et de son magasin, ses dernières salutations aux amis, il ne reviendra pas, il ne sera plus qu’un numéro matricule, un numéro de régiment avec un trait de crayon sur sa dignité humaine. Tu obéis ou t’es mort.

Fernand portrait
Fernand Hippolyte, un style distingué, une élégance raffinée
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Quelle idiotie de faire sortir des hommes au repos par un temps pareil ! Par surcroît, on nous force à porter les cheveux ras. J’ai fait couper les miens tout à l’heure, bien obligé ! C’est ça le métier militaire : on passe des revues de cheveux, par le général de brigade, s’il vous plaît, mais on ne s’occupe pas si tu as une culotte trouée. Je m’ennuie fort de ne pas avoir de nouvelles de Bapaume, aussi le cafard me tient. » 29 mars 1916, extrait de la lettre de Fernand à Marie-Thérèse.

« Mon cher Georges,
Tu seras le parrain de notre second et Marie-Thérèse, la marraine. Car, de même que je t’avais promis de veiller sur les tiens alors que j’étais libre, je te demande le même service si je venais à disparaître, puisque tu es à peu près à l’abri pour l’instant et moins exposé que moi. Cette double promesse me rassure.
Bon courage et bonne santé. Je t’embrasse de tout cœur. Fernand. » 24 juin 1916.

Le 20 juillet 1916, à 7 heures du matin, il entraîne ses hommes à l’assaut dans le secteur de Vermandovillers, le Bois Étoilé et le Bois Trink. Il se trouve à une trentaine de kilomètres de sa ville natale. La lutte est terrible. Sa vie s’arrête vers 7 heures 30.

Fernand et son ami Eugène Defurne dans l’enfer des combats de Verdun se sont fait une mutuelle promesse de recueillir les dernières volontés et les objets personnels de celui qui tomberait le premier, de prévenir la famille et de s’assurer du lieu où il repose. Eugène Defurne s’est acquitté de cette tâche ingrate. Eugène Defurne est mort à Hargicourt le 26 septembre 1916.

Extraits des correspondances d’Eugène Defurne à Georges ou à son père : « C’est pour tenir la promesse que j’en avais faite à Fernand il y a longtemps, que j’ai la douloureuse mission de vous écrire aujourd’hui. J’aurais pu m’acquitter de ce pénible devoir il y a quelques jours déjà, mais je ne voulais pas croire à l’irréparable, j’espérais malgré tout. Pourtant, devant l’évidence, je dois m’incliner et m’exécuter : vous informer que mon meilleur camarade, mon cher Fernand, n’est plus. Il a été tué le 20 juillet en montant à l’adversaire. »

« Fernand et moi étions liés par une amitié solide que les souffrances communes n’avaient fait que fortifier. »

« Où repose-t-il ? Le seul témoin de sa mort est un adjudant qui découvrit son cadavre et emporta les reliques que je vous ai adressées. Malgré mes démarches et mes efforts, je n’ai pu découvrir aucun indice qui me permet de garder l’espoir de retrouver les restes de notre cher disparu. Officiellement, son décès est enregistré et l’absence de sépulture est constatée officiellement également. Je sais que votre douleur va être aggravée par ce que je vous apprends aujourd’hui, mais je vous dois la vérité, elle m’est très pénible à moi-même, et c’est avec le cœur serré et angoissé que je vous trace ces lignes. »

« Je ne me rebute pas, je poursuivrai mes recherches sans me lasser, pourtant. Je vais continuer à questionner, enquêter, mais les témoignages sont suspects quand ils ne sont basés que sur des ouï-dire. »

« Je pense à sa jeune femme, de laquelle Fernand aimait à me causer avec cette émotion particulière aux gens qui aiment vraiment et profondément. »

« Vous connaissez, par les récits que j’en ai faits à vos parents, les circonstances quasi mystérieuses qui ont précédé la mort de Fernand. C’était à l’attaque du bois Trink, le jeudi 20 juillet, vers 7 heures ½ du matin. La section, en file indienne (Fernand, en qualité de caporal sous-chef de section, fermait la colonne), gagne par bonds l’emplacement qui lui est assigné. La section prend position, le sergent chef de section est tué aussitôt. On appelle Fernand pour succéder à son chef de groupe, on s’aperçoit qu’il n’est pas encore là, il ne devait pas rejoindre, hélas ! »

« Je me suis posé la question de savoir si Fernand n’a pas eu le pressentiment de sa fin prochaine, voici pourquoi : depuis toujours, il était convenu entre nous que nous nous chargions de prévenir les familles l’un de l’autre en cas de malheur. C’était une promesse, un engagement formel dont nous n’avions plus causé depuis que nous l’avions pris, c’est-à-dire depuis notre arrivée au front. Nous avons fait Verdun ensemble, aucune allusion ne fut faite par l’un de nous à notre mutuelle promesse. Nous embarquons pour la Somme, le 20 juillet l’attaque doit avoir lieu. Le 18, Fernand m’écrit pour me rappeler mon engagement et m’envoyer sa photographie que je ne possédais pas encore et il écrit à sa femme la lettre qui se trouvait dans son portefeuille, alors qu’à Verdun cette idée ne lui était pas venue ! Ne sont-ce que des coïncidences ? »

« D’humeur égale, toujours froid et calme, j’admirais le courage surnaturel avec lequel il supportait sa séparation. Sa femme, sa chère Germaine, comme il aimait à l’appeler, et son cher petit, étaient les seuls sujets qui avaient le don de l’émouvoir et de le faire sortir de sa réserve habituelle. »

« Je garderai fidèlement la mémoire de Fernand qui a été pour moi un ami véritable. Bien que les chagrins l’accablaient, il avait su me prodiguer les paroles qui consolent lorsque des accidents dans ma famille m’avaient rendu si malheureux aussi, c’était un grand cœur. »

Georges et Fernand s’écrivent au minimum une fois par semaine. Fernand lui écrit la veille de sa mort.

« 19 juillet 1916

Mon cher Georges,

Il y a eu un changement au programme, si bien que nous sommes encore là. À mon sens, ce n’est reculer que pour mieux sauter. Voilà 34 jours que nous sommes en première ligne et d’après ce que je crois, nous irons sûrement à 36. Depuis 24 heures, nous avons été pas mal éprouvés : notre lieutenant, mon collègue chef de pièce, deux pourvoyeurs (deux frères tués par le même obus). Depuis hier, je fais officiellement fonction de sous-officier adjoint au chef de section. Le grade s’ensuivra peut-être. Le principal, c’est d’en revenir… avec ses abattis au complet. Je te prie de croire que les Boches en face ont reçu quelque chose sur le coin de la figure. Toujours bonne santé. Le vaguemestre est là.

Bons baisers de ton frère. Fernand. »

« Fernand, décédé le 20 juillet 1916 à Bois-Étoilé, Soyécourt. Décès constaté le 24 juillet 1916. Sources : procès-verbal de déclaration de décès et procès-verbal de constatation. Régiment n° 186, Arras, classe 1904, corps 016 448 bis. Procès-verbal de déclaration de décès n° 29 par le lieutenant Thiéry sur déclaration de l’adjudant Mourmenceaux. Procès-verbal de constatation du décès, dressé par le sous-lieutenant Mordillat Louis Eugène, en présence des soldats Pivert et Ezauno. » Extrait du carnet de poche de Georges Hippolyte.

Le 20 juillet 1916, extrait des mémoires de Georges : « Je fais une excursion à Liverdun avec Roch. Elle ne me lasse pas, tant elle est ravissante. Le soir, je soupe avec Lequette que j’avais rencontré à Royaumeix. Cette journée, gaie pour moi, deviendra une triste journée. J’apprendrai plus tard que mon frère a été tué devant l’ennemi à 7 heures 30 du matin, à Soyécourt. Le beau-frère de Lequette, le capitaine Deron, a été tué ce 20 juillet dans le même secteur. »

Lettre Charvet

Lettre Charvet verso
Lettre du Capitaine Charvet, capitaine au 273e régiment d’infanterie

« J’ai le bonheur de te faire part que Fernand a été repéré hier par Prévost Davion. Comme je lui disais cette semaine que je ne recevais pas mon autorisation pour aller à Soyécourt, spontanément, il s’est offert à s’y rendre quand il irait dans ces parages avec ses officiers. Hier, il a demandé au commandant qu’il conduisait à Péronne la permission d’aller repérer un de ses amis tombé au champ d’honneur à Soyécourt. Aussitôt, l’officier lui dit : « Attends-moi dix minutes et je pars avec toi à la recherche d’un brave. » Les voilà donc en route. Arrivés à Soyécourt selon les indications du ministère, mais pas tout à fait comme la chose exacte, ils ne trouvent rien. De guerre lasse, ils s’apprêtent à abandonner quand le commandant s’écrie : « Là-bas, il y a une tombe. » Aussitôt, ils y courent et s’immobilisent devant une tombe sans inscription sur la croix. Au pied de la croix, il y avait une bouteille, le goulot enfoncé en terre. Prévost retire la bouteille qui contient un billet ainsi conçu : 273e infanterie, Fernand Hippolyte, caporal mitrailleur, juillet 1916, plomb 34. Le doute n’était plus possible, Fernand repose là en son dernier sommeil. Prévost a recopié le billet et l’a remis dans la bouteille. L’original de Prévost, je l’ai envoyé à Germaine. Je fais faire une croix en chêne avec plaque de cuivre que j’irai poser aussitôt mon autorisation. Quand il a repéré Fernand, il en a pleuré de joie, sachant le plaisir qu’il me ferait. Ils ont eu la délicatesse de fleurir la tombe de quelques fleurs des champs. » 28 mai 1917, extrait de la lettre de Léon Hippolyte à Marie-Thérèse.

Tombe Fernand
Là-bas, il y a une tombe… (photographie albums de Georges Hippolyte)

« Journée terrible comme fatigue ! Parti à 6 heures du matin pour Soyécourt, et après quelques recherches, je suis parvenu à voir mon cher Fernand. Il a fallu le cœur d’un père pour faire ce que j’ai fait. Avec l’aide des Boches, nous nous sommes mis au travail pour rechercher son alliance et sa montre. En vain. J’ai fait fabriquer sur place, avec des planches de 1,5 centimètre d’épaisseur, un cercueil dont j’avais eu la précaution d’emporter des clous et ce qui était nécessaire à la fabrication. Après ce travail, je l’ai mis moi-même avec les Boches dans son cercueil où il repose en paix jusqu’au jour où nous le transporterons ailleurs. Sa tombe est dignement arrangée, un beau gazon et une belle couronne. Il était à 60° face contre terre, sans toile de tente, sa veste pourrie, la tête détachée du tronc. Je ne vous fais pas plus de description, c’est trop effrayant. J’ai rapporté son casque, son bidon encore plein d’eau, sa ceinture, ainsi que sa plaque d’identité. Je suis revenu à 3 heures, en plein soleil. Comme j’étais chargé, je croyais tomber sur la route. Il me faudra quelques jours de repos. » 14 juillet 1917, extrait de la lettre de Léon Hippolyte à son fils.

 

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Deux orphelins et une veuve (photographie albums de Georges Hippolyte)

« Mon Dieu, quelle cruelle déception que ce retour en France inoccupée où j’avais néanmoins l’espoir de retrouver mon cher Fernand. Je ne puis croire à un aussi grand malheur ! Marcel m’a réclamé son père plusieurs fois. […] Si vous saviez comme c’est triste d’élever seule deux petits garçons ! Enfin, que Dieu nous donne autant de courage qu’à celui qui est tombé si vaillamment pour sa France. » 13 février 1917, extrait de la lettre de Germaine Hippolyte à Georges.

 

Mont-Saint-Éloi, le canon de 75

Georges Hippolyte se prépare à l’attaque du 9 mai 1915 et jours suivants en Artois.

« Je demeure trois jours entiers dans les tranchées de deuxième ligne, à environ 1 kilomètre au sud des lisières sud de Carency, pour y aménager un gîte-observatoire d’une extrême utilité pour le jour du combat. Cet observatoire consiste en une cavité de 1,75 mètre de hauteur, 1,50 mètre de largeur, 6 mètres de longueur, creusée à 2 mètres au-dessous de la terre, boisée, au fond de laquelle, par un petit puits intérieur, on peut hisser un périscope pour l’observation. Nous sommes ainsi, pour l’attaque, à l’abri de tous les calibres fusants et des percutants ne tombant pas dans nos escaliers d’accès. »

16 mars 1915 Mont-Saint-Eloi 1
16 mars 1915, Mont-Saint-Éloi, pièce de 75 éclatée
(photographie albums de Georges Hippolyte)
« Je suis appuyé sur la roue de gauche du canon de 75, en veston de cuir. À côté de moi, le sous-lieutenant Soulas. »
16 mars 1915 Mont-Saint-Eloi 2
16 mars 1915, Mont-Saint-Éloi, autre pièce de 75, en batterie contre aéros
(photographie albums de Georges Hippolyte)
« Je suis à la sortie d’une casemate-abri. »
16 mars 1915 Mont-Saint-Eloi 3
16 mars 1915, Mont-Saint-Éloi, pièce de 75 sur plate-forme, en batterie contre aéros (photographie albums de Georges Hippolyte)
« Je suis dans le trou de la bêche de crosse à l’affût, près de mon lieutenant-maréchal, chef de la 29e batterie. »

« À 6 heures du matin, le 9. Vers 7 heures, l’aumônier divisionnaire donne l’absolution à tous. À 16 heures, je le retrouve dans une tranchée boche où je fus m’y reposer d’une course sur l’avant, et tout en causant, il reçoit une balle de shrapnel sur son calot. Pas de mal. La danse commence. Réglage des hausses ; à 7 heures, augmentation d’intensité du bombardement ; il devient considérable vers 9 heures et atteint son maximum vers 10 heures. La terre tremble, on ne s’entend plus, le vacarme est étourdissant. Les mines sautent, creusant des trous énormes. »

« 10 heures. L’artillerie allonge son tir avec la même intensité. Nos fantassins s’élancent des tranchées, leurs fanions au vent, de petits carrés de toile blanche dans le dos de leur sac. Les braves gars du 97e (régiment alpin) ! Peu tombent. Ils accèdent aux premières tranchées boches, les franchissent sans arrêt, poursuivent aux deuxièmes tranchées. Quelques-uns sont tombés sous les balles tirées par les mitrailleuses. Qu’importe ! Ils persistent. Ils ont déjà dépassé de 500 mètres les premières tranchées, ils persévèrent, et des Boches se jettent hors de leurs trous, se rendant. »

« Certains jours, des pièces ont tiré en quelques heures plus de 500 coups ! Les canons étaient brûlants, la peinture sautait et les tubes n’étaient pas refroidis après un repos et un aérage de six heures. »

« J’ai relevé le nombre d’obus tirés chaque jour par les trois batteries du groupe (en moyenne neuf pièces) depuis le 9 mai jusqu’au 18 juillet. J’ai atteint le chiffre de 50 878 obus, soit plus de 5 600 coups par pièce pendant la période considérée et plus de 700 coups en moyenne par jour (près de 80 coups par pièce et par jour). Les périodes les plus chargées ont été : 9/15 mai : 6 422 coups ; 23/26 mai : 4 676 coups ; 13/23 juin : 14 594 coups ; 9/18 juillet : 10 677 coups. Les journées les plus remplies ont été les suivantes : 9 mai : 1 597 coups ; 25 mai : 1 555 coups ; 16 juin : 3 373 coups ; 23 juin : 2 130 coups ; 13 juillet : 1 685 coups ; 14 juillet : 1 790 coups dont 1 000 obus à gaz. »

Les logements de fortune de Georges Hippolyte entre 1914 et 1917

Abri, abri Adrian, baraque, baraquement-dortoir, cagna, chambrette, fourgon, gourbi, guitoune, habitation, sape, souterrain, tanière, tente, trou, vie sous terre. Ce sont les termes employés par Georges dans sa correspondance pour qualifier ses espaces de vie intime. Parfois, la chance le favorise, un habitant lui offre l’hospitalité. Parfois aussi, les conditions d’hébergement sont terribles pour ces courageux soldats.

« Après le ravitaillement, je vais dans la forêt de la Reine explorer notre futur lieu de bivouac. Il est simplement ignoble, innommable, et pendant tout le temps de notre séjour là-bas, je ne cesserai de protester verbalement et par écrit jusqu’à la division pour en sortir. Forêt marécageuse, à l’image du pays. C’est un cloaque immonde. On fera comme on pourra, tout le monde à la corde. Je déménagerai demain. Gare aux moustiques ! »

« Il pleut à seaux, le terrain est un véritable cloaque. Je suis dans une cagna en planches, à l’abri de l’eau et hermétique, mais mes hommes gadouillent dans une fange immonde et mes chevaux s’enfoncent dans la boue jusqu’aux jarrets. Le ciel est tellement bas que les crêtes des forts sont perdues dans les nuages. J’ai incité le capitaine à s’unir à ma protestation, mes hommes et mes chevaux vont attraper la crève. »

1L-29 mars 1915, Georges
29 mars 1915, au nord-est de Marœuil
(photographie albums de Georges Hippolyte)
2L-29 mars 1915
29 mars 1915, de gauche à droite : moi, mon ordonnance, mon capitaine
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Nous logeons, le commandant et moi, dans une cagna creusée contre une meule, et certes moins confortable que la précédente. Dès les premiers beaux jours, j’en aménage les abords et crée un jardin avec plates-bandes de gazon et fleurs des bois. J’allais y semer des radis lorsque nous est venu l’ordre de vider les lieux. » 29 mars 1915, extrait des mémoires.

3L-22 avril 1915 mon gourbi
22 avril 1915, mon gourbi
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Au soir, nous abandonnons la cagna et allons coucher à Marœuil chez monsieur Pinteau, à la sortie est du village. »

« Le 23 au matin, nous quittons définitivement Marœuil avec armes et bagages et déjeunons à Camblain-l’Abbé, après une visite à Bray et à Mont-Saint-Éloi où nous recherchons, en vain, un observatoire convenable. Une des batteries est stationnée depuis la veille à 1 kilomètre ½ au nord-est de Mont-Saint-Éloi vers Carency, sensiblement à mi-distance des deux pays. Les deux autres doivent s’installer la nuit suivante, l’une près de la première, l’autre à 500 mètres de la lisière nord-ouest de Mont-Saint-Éloi, dans le bois des Alleux. » 22 et 23 avril 1915, extraits des mémoires.

4L-15 août 1915 aux tranchées d'infanterie
15 août 1915, aux tranchées d’infanterie
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Je monte 24 heures aux tranchées d’infanterie… Journée triste pour moi, parce que jour de fête de l’Assomption, doublée de dimanche. Depuis deux ans, nous envisagions ce jour-là de faire faire à Loulou sa première communion. J’assiste à une messe dans une sape, celle où je couche avec deux officiers d’infanterie. Cette messe sous les obus est impressionnante. Dans l’ensemble, l’humeur est pacifique, les Boches nous laissent la paix. Nous en avons profité, début août, pour nous creuser une sape à 200 mètres en arrière de notre ancien poste, lequel, repéré, a été visité par les obus en notre absence. Il ne nous offrait plus de sécurité. Nous y vivions trop à l’étroit et à l’humidité. Tout ce mois est grisaille, brumeux. » 15 août 1915, extrait des mémoires.

5L-mars 1916 Verdun
Mars 1916, près de Verdun
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Ravitaillement à Dugny. J’y vois deux copains, Quiquandon, un ancien camarade des Postes, et Dromard de Valenciennes. Le soir, nous bivouaquons dans le bois du Champ-la-Gaille, près du fort de Landrecourt. Ce n’est pas le rêve. Le 16, ravitaillement à Dugny. Je vais voir Detève à Nixéville. J’ai l’adresse de Blin. » 15 et 16 mars 1916, extrait des mémoires.

6L-loin des miens
Loin des miens
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Un orage épouvantable avec trombes de grêle et d’eau a mouillé tout le bivouac, l’humidité nous pénètre. Six heures après être tombée, la grêle résiste. Sur mon bureau, notre photo à trois. Devant, dans une bouteille, des branches d’arbustes fleuris rouge, semblables à des fleurs de roses du Japon, mais plus petites et sentant bon ! Accroché aux branches basses du sapin sous lequel j’ai ma tente, du gui, du gui, toujours du gui… Mais que c’est triste au bivouac sans lune, sans feu, sans étoiles et par la pluie ! Je n’aspire qu’à revenir vite auprès de vous deux où il fait si bon vivre. Allons, bonne nuit, faites de doux rêves. Il est 7 heures ¾, l’heure de se coucher pour les guerriers que nous sommes ! J’espère que les Boches nous ficheront la paix. La nuit dernière et dans la journée, ça cognait dur. Bons baisers. » 22 mars 1916, extrait de la lettre de Georges à Marie-Thérèse.

7L-Verdun bivouac sous mauvais tps
Verdun, bivouac sous mauvais temps
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Atmosphère détestable. À partir du 20, nous avons supporté des bourrasques de vent, de pluie, neige et grêle. Les nuits sont fraîches sous la toile de tente et dans la boue. On dépense son énergie à se désembourber et on grelotte. Vers le 25, une passe plus favorable. Durant cette période, je circule à cheval, même sous la pluie battante. Je vais à Verdun à cheval et en voiture, au bois de Thierville, boulotter avec les copains le 20 mars, jour du printemps ; avec Detève à Nixéville le 30. Dommage, je rate Blin. À Landrecourt, je vois Flandrin. Ces distractions nous égaient, car tout porte à la mélancolie. Aux batteries du groupe et des autres groupes, il y a de la casse : chevaux tués, sous-officiers et hommes tués et blessés dont mon ancien brigadier téléphoniste Brulat. Parmi les sous-officiers, il y a des pertes : Tixier, André et Garaud, tués ; Caubel, Brisbarre, Antony, Pouzin, blessés. Des bombes d’aéros tuent un officier d’approvisionnement polonais de l’E.M. On a hâte de dégager… L’on a entendu canonnade sur canonnade, nuit et jour. Verdun incendié plusieurs fois, bruits pessimistes, rien ne manquait pour le cafard. Le 31, attaque boche avec gaz que nous sentons au T.R. » Du 19 au 31 mars, extrait des mémoires.

8L-21 mars 1916 mon univers
21 mars 1916, mon univers
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Voici mon programme habituel : lever entre 5 heures ½ et 6 heures ; ablutions en plein air ; tour de bivouac aux chevaux et aux voitures (le coup d’œil du maître) ; pansage des chevaux ; vers 7 heures ½, tasse de café ; puis signatures et paperasses ; 8 heures, départ à la gare ; de 8 heures ½ à 11 heures, service à la gare ; 11 heures, retour ; 11 heures ½, déjeuner ; 13 heures, distribution et départ des corvées de ravitaillement ; 14 heures, tour de bivouac (il y a toujours à aménager) ; paperasses, promenade, ordres ; souper à 18 heures ; on cause ; vers 20 heures, coucher, et l’on roupille ! » 21 mars 1916, extrait de la lettre de Georges à Marie-Thérèse.

9L-15 avril 1916 forêt de Marcaulieu
15 avril 1916, en forêt de Marcaulieu
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Nous séjournons à nouveau dans les bois, mais cette fois d’une façon confortable. Mes hommes sont dans des huttes, mes chevaux sous des bâches. Personnellement, j’ai un abri en terre et fer où je me suis monté un feu. Il fume, mais tant pis. Le bois de chauffage n’est pas cher, on n’a que la peine de le ramasser sur place et de le débiter. Le coucher est médiocre, il n’y a ni paille ni foin. J’ai la colique depuis hier. Mes hommes en souffrent aussi. » 14 avril 1916, extrait de la lettre de Georges à Marie-Thérèse.

10L-de longues promenades
De longues promenades pour passer le temps
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Je pars à 5 heures dans ma voiture, direction Bar-le-Duc. Il y a une trotte de 64 kilomètres à faire aller et retour avec le même cheval, je le ménage donc. Après une halte à Érize-Saint-Dizier, j’atteins Bar à 8 heures ½. Route agréable de vallon en vallon. La vallée qui suit le canal de la Marne au Rhin est incomparable. Bar est animé avec des commerces, il est plus vivant que Commercy. Nous repartons à 3 heures, pour rentrer à Marcaulieu à 7 heures, après une pause à Fresnes-au-Mont. » 29 avril 1916, extrait des mémoires.

11L-juillet 1916 ma chambrette
Juillet 1916, ma chambrette
(photographie albums de Georges Hippolyte)

« Ce matin, j’ai été au marché à la ville et cet après-midi j’ai tapissé ma chambre ! Oui, tapissé avec des Petit Parisien. J’ai bouché des jours entre les planches, larges à y glisser la main. Je me fais confectionner une crédence sur laquelle j’accrocherai ton portrait et celui de Loulou entre deux douilles sculptées pleines de coquelicots, de marguerites, de fleurs bleues, le tricolore des champs. Et une petite table de toilette en bois. Jusque-là, je m’accommodais d’une caisse défoncée ! » 19 juillet 1916, extrait de la lettre de Georges à Marie-Thérèse.

« Ce matin, j’ai achevé ma chambrette. Dans un coin, mon plumard. À proximité, une planchette étoffée (14 sous de garniture, s’il vous plaît !) sur laquelle notre photo encadrée et celle de Fernand sont noyées dans un bouquet de fleurs tricolores des champs, placées elles-mêmes dans deux douilles astiquées numéro un. Dans un autre angle, une table nappée d’une de mes couvertures. Le long d’une paroi, mon lavabo et une tablette de toilette : savons, brosses, rasoir, cuir, le tout aligné comme à la revue. Sur une autre paroi, des portemanteaux. Un tabouret de bois. Je t’assure que c’est grand confort. Il ne manque plus que d’élargir ma paillasse pour t’accueillir…, mais c’est défendu. Les militaires sont devenus des moines chastes, malgré les blagues des jeunes et les fanfaronnades des autres. Et puis… il y a le revers de la médaille : la paillasse dure, parfois un bouton de ma toile de tente qui marque dans le dos, je le sens toute la journée, parfois plus d’électricité. » 20 juillet 1916, extrait de la lettre de Georges à Marie-Thérèse.

L’École Centrale des Arts et Manufactures

Georges Hippolyte, classe 1900 de la subdivision d’Arras, numéro matricule 178, est engagé volontaire pour quatre ans le 14 novembre 1899 à Paris, il est inscrit à l’École Centrale des Arts et Manufactures pour y suivre une formation de haut niveau dans les domaines industriels et scientifiques, doublée d’une formation militaire.

Georges élève Ecole Centrale en 1900
Georges, élève à l’École Centrale des Arts et Manufactures

Monsieur Trouillot, ministre du Commerce, de l’Industrie, des Postes et des télégraphes, remet à Georges son diplôme d’ingénieur le 17 février 1902, la veille de ses 22 ans. Il est nominé sous-lieutenant de réserve au 21e régiment d’artillerie par décret du 7 septembre 1902 à compter du 1er octobre 1902. Il accomplit sa quatrième année de service.

Georges sous-lieutenant octobre 1902
Octobre 1902, Georges est sous-lieutenant

L’école fut fondée en 1829 par quatre personnalités passionnées de technologie et de science industrielle, messieurs Alphonse Lavallée, Jean-Baptiste Dumas, Théodore Olivier et Eugène Péclet, sur leur fortune personnelle. Leur volonté était de former des hommes aptes à occuper les premières places dans l’industrie et à participer aux innovations technologiques. D’établissement privé, elle devient un établissement de l’État en 1857. En 1862, le titre d’ingénieur des Arts et Manufactures fut créé. L’abeille est l’emblème de l’École Centrale.

Des hommes prestigieux sont passés par Centrale, entre autres : Gustave Eiffel, promotion 1855 ; Georges Leclanché, 1860 ; Émile Levassor, 1864 ; René Panhard, 1864 ; Théophile Seyrig, 1864 ; André Michelin, 1877 ; Louis Blériot, 1895 ; Armand Peugeot, 1895 ; Pierre-Georges Latécoère, 1906 ; Marcel Schlumberger, 1907 ; Boris Vian, 1942 ; Francis Bouygues, 1947 ; Robert Peugeot, 1971 ; Édouard Michelin, 1987…

Pendant la Grande Guerre, l’École Centrale perdra de nombreux jeunes venus se former dans son institution et Georges, de nombreux camarades. Un monument a été élevé à la mémoire des 550 Centraux morts pour la France en 1914-1918, leur nom est gravé dessus et la sculpture rappelle les deux armes dans lesquelles les Centraliens ont servi : l’artillerie et l’aviation. Selon Le Figaro du 22 novembre 1934, dans l’article À la gloire de l’École Centrale, 4 800 élèves et anciens élèves ont été mobilisés entre 1914 et 1918, ils ont obtenu 6 000 citations, reçu 2 750 croix de guerre et 1 400 nominations ou promotions dans l’ordre de la Légion d’honneur.

Georges ne quitta jamais totalement son école par le biais de l’Amicale des anciens élèves. Au fil des ans, il devint le président du groupe de la Somme et accueillit de nombreux Centraux dans sa région. C’est ainsi qu’il leur fit visiter, en 1932, au cours de leur rassemblement annuel, l’usine Potez de Méaulte avec baptême de l’air. Voici une partie de son discours : « Vous êtes venus à Albert, pourquoi ? Pour vous voir entre camarades ? C’est très bien. Pour déjeuner ensemble ? C’est sans doute encore très bien. Mais vous êtes venus aussi pour apprendre quelque chose, certainement nouveau pour vous : la fabrication de l’avion en série. Je sais bien que les Centraux savent ce qu’est un avion, comment l’on s’en sert. Notre camarade Blériot n’a-t-il pas été le premier à traverser la Manche d’un seul coup d’aile, il y a quelque vingt ans, et cet exploit qui a eu à l’époque un retentissement mondial, se répète plusieurs fois par jour, avec une banalité qui déconcerte la jeunesse. Plus près de nous, pendant la Grande Guerre, de nombreux Centraux se sont distingués, tel entre autres, ce capitaine Denis, arraché des bancs de l’école pour le front, et revenu sur ces mêmes bancs après la guerre, pour terminer ses études, mais chargé de galons, de décorations, de citations et de gloire. D’autres aussi hélas, y ont laissé la vie… »

Albert réunion des Centraux 1932
Réunion des Centraux à Albert en juin 1932
(photographie albums de Georges Hippolyte)

Aux armées, le 30 octobre 1915 – Association amicale des Anciens élèves de l’École centrale des arts et manufactures. Mon cher Camarade, Nous fêterons cette année le 3 novembre sur le front. Si vous voulez être des nôtres, vous serez le bienvenu. Apportez seulement avec votre personne votre quart, votre couvert et votre bonne humeur. Rendez-vous le mercredi 3 novembre à 18 heures à l’échelon des trois groupes de l’A.D. 77 (38e et 58e d’artillerie) à Caucourt, rue du Calvaire, au bureau de tabac. Le colonel Picard autorise la réunion. Des voitures seront mises à la disposition des camarades pour le retour. Les frais seront répartis équitablement. Le bureau, Hippolyte, 1902 et Noël, 1904

10 janvier 1916, à Marie-Thérèse à son retour en France non envahie – Je dois te révéler que, moi aussi, j’ai souffert grandement de la séparation, d’autant plus que je me suis éloigné du capitaine Descamps. Je suis dans un E.M. d’un groupe de batteries du 38e de Nîmes. J’ai partagé la vie de Méridionaux n’ayant pas les mêmes soucis que moi ni les mêmes sentiments, et mon isolement moral a été considérable. Depuis, et peu à peu, j’ai repéré des anciens Centraux précédemment inconnus de moi, l’esprit de camaraderie a adouci ma solitude et a aplani pas mal de difficultés.

1er mars 1916, mémoires – Départ à 8 heures pour Marestmontiers où nous logeons au château de monsieur Janetel (E.C.P. 1850). Bon lit.

17 mars 1916, à Marie-Thérèse – À midi, j’ai déjeuné avec un ancien postard, camarade de 1903. L’après-midi, j’ai mis mes écritures à jour, et vers 5 heures, je suis allé à 1 kilomètre ½ d’ici voir des camarades qui m’avaient fixé rendez-vous dans les bois : Dromard de Valenciennes, Lemay de Tournai, fils du docteur d’Aniche (un de mes adeptes du T.C.F.), Nisson, E.C.P. 1902, celui-là même qui a perdu sa femme en couches et son enfant un an avant la guerre, tu te souviens ?, un autre camarade, Schowaert, E.C.P. 1902, un docteur de Ronchin. L’armée n’est-elle pas une grande famille ? On a blagué, parlé école, on a été gais. J’ai pensé à toi, ma chérie. En nous écoutant, tu te serais exclamée : « Quel plaisir de voir cette entente entre Centraux. »

31 mars 1916, à Marie-Thérèse – As-tu lu sur les journaux la descente en parachute de 1 800 mètres d’un observateur en ballon ? Je l’ai vu. La saucisse était désemparée, le type n’a eu aucun mal. C’était un jeune Central.

5 novembre 1916, à Marie-Thérèse – Je suis convié au banquet des Centraux à Amiens. Nous sommes 34 à y participer.

16 janvier 1917, à Marie-Thérèse – D’après le dernier Bulletin de Centraux, Asselin d’Amiens serait interné en Allemagne dans le même camp que Gilbert d’Escaudœuvres et Herscher de Cambrai. J’ai lu aussi dans ce bulletin que le fils du chimiste Lacombe de Lille est gradé capitaine. Je l’ai rencontré rue Saint-Aubert à Arras, en octobre 1914, le lendemain du bombardement qui a fait tomber le beffroi.

10 février 1917, à Marie-Thérèse – Je suis en train de lire des bouquins écrits par un camarade Central, intéressants pour tous et notamment pour les ingénieurs, sur l’industrie en France et à l’étranger. Il évoque des réflexions judicieuses pour l’après-guerre. Je me passionne pour ces ouvrages d’actualité.

12 février 1917, à Marie-Thérèse – Mon camarade Faÿ est parti ce matin dans une batterie de son groupe. Il était à l’approvisionnement depuis le mois d’octobre 1914 ! Il avait mal au cœur en bouclant sa cantine. Personnellement, je le regrette, nous étions de même condition sociale et de mêmes vues, tous deux Centraux par-dessus le marché.

31 mars 1917, à Marie-Thérèse, au retour de ses parents en France non envahie – Si tu vas à Noyon, je te recommande d’emporter à manger et une couverture pour vous coucher, les endroits potables sont bourrés de civils et de militaires et le ravitaillement civil fonctionne mal. Un vétérinaire y est allé hier, il tenait garnison à Noyon en 1914. Je vais m’efforcer de voir le maire, le sénateur Noël, directeur de l’École centrale. À titre d’ancien Central, il pourrait me faciliter certaines choses : soins à tes parents, leur rapatriement à Mers, ton laissez-passer. Je ne sais pas si le train mène jusqu’à Noyon, comme il mène jusqu’à Soissons. J’en doute. Je te signale que de Compiègne à Noyon par la grand’route qui suit la vallée de l’Oise il y a 23 kilomètres ! Pas franchement amusant sans moyen de locomotion.

Rassemblement anciens élèves école centrale Amiens
Rassemblement à Amiens des Anciens élèves de l’École centrale, Georges en tête du cortège (photographie albums de Georges Hippolyte)